Mardi 15 juillet 2008
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09:23
Je profite du temps que j'ai pour revenir sur le Kirghizstan. Je suis parti de Bishkek avec Karl et Miquel, un Espagnol rencontré à l'auberge, pour la rive Sud du lac Issik Kul. Lac immense à
1600m d'altitude, qui tient son nom du fait qu'il ne gèle jamais malgré la rigueur des hivers locaux ("issik" veut dire "chaud" en kirghize), et qui a été formé par un immense glissement
de terrain. Je tiens à préciser que sa "chaleur" n'était pas si chaude que ça...

De gauche à droite, Karl et Miquel

Premier campement

Les champs roses du Kirghizstan (si quelqu'un a une explication...)
A la fin du deuxième après-midi, après avoir encore longé le lac tranquilement pendant la journée, nous cherchions un endroit pour dormir, de manière à nous installer avant l'orage qui s'annoncait.
Je vise une petite point et annonce : "je sens qu'il va y avoir un endroit sympa derrière la pointe". On passe la pointe et en bas de la route apparaissent les 4x4 de mes compagnons de traversée de
la Caspienne! Alors pour fêter ca... apéro!

Quand le ciel descend... Bord de l'Issil Kul, le même soir.

Troisième jour, camping dans la montagne.
Une fois arrivés à l'extremité Est du lac, nous avons obliqué vers le Sud pour grimper un peu dans la montagne. Arrivés dans un lieu paradisiaque, nous nous arrêtons pour un thé sous une yourte
avec du pain, de la crème, de la confiture... succulent. Le tout pour presque 20 fois le prix d'un thé normal. C'etait une "yourte à touristes"... Nous nous écartons un peu pour passer la nuit
au bord de la rivière.
Le lendemain, nous déposons Miquel dans une ville au pied des montagnes et nous continuons notre petit périple en direction du lac Son Kul, situé à 3000m d'altitude, entouré de montagnes. Une
tentative par une petite route est vite abandonnée : un camion qui descend la piste nous annonce qu'elle est bloquée par la neige qui vient de tomber... Tant pis, au moins, on aura vu ce superbe
reste de propagande à la gloire de Lénine à la sortie d'un village, au milieu de nulle part...
Sur la route un peu plus loin, effectivement, nous pouvons voir qu'il a neigé : les montagnes sont définitivement plus blanches qu'à l'aller. Nous poursuivons notre route jusqu'à la nuit,
traversons un grand plateau désertique semé de ruines de baraquements en béton et de postes de contrôle bien en activité malgré la nuit. Ambiance étrange sur cette route ou nous ne croisons
quasiment personne... Après avoir trouve de nuit un petit chemin de traverse qui nous a mené sur un petit coin d'herbe au bord d'une rivière, nous nous effondrons sous la tente sans demander notre
reste.
Le lendemain, nous partons pour la piste qui mène au Son Kul. Dans la montée au col à 3400m qui conduit au lac, il se met à neiger et nous croisons quelques yaks. La descente vers le lac est
impressionnante. Ce grand lac est entouré de montagnes qui tombent doucement dedans, formant ainsi d'immenses plaines parsemmées de yourtes. Dans la descente, nous croisons une camionette qui
nous fait signe de nous arrêter. Nous assistons mi-fascinés mi-dégoûtés à une scène de pêche... à l'électricité! Les types, tout excités, sortent de la camionette un générateur, un bâton
avec deux fils de fer qui servent d'électrodes, et des épuisettes. Un homme va dans la rivière et électrocute les poissons (ils ne sont que paralysés), et les autres les récupèrent avec les
épuisettes. Simple comme bonjour. J'imagine déjà la reproduction grand format après un chalutier. Bref, pour fêter la pêche et l'anniversaire de l'un des protagonistes, nous voilà partis pour une
vodka, un kumis (lait de jument fermenté), un bout de pain et on remonte dans la voiture avec un sac plastique plein de poissons. La descente descend donc plus vite et nous approchons des
yourtes.
De loin, je prends cette photo et je vois juste après l'un des hommes me faire de grands signes dans mon objectif : c'est sûr, on est bons pour un petit kumis... On s'avance et on se joint au
cercle des hommes assis en tailleur ou sur leurs talons, devant leurs yourtes. Et dans ce calme immense, on nous sert un kumis. Puis un deuxième. Puis un troisième, etc. Moyennant quoi, quand nous
repartons de ces yourtes, on a les paupières un peu lourdes et les guibolles un peu molles... Heureusement qu'une Suisse installée dans la région et son compagnon kirghize nous avaient prévenus
qu'il y avait d'immenses trous en travers de la route sans quoi la voiture serait encore dedans à l'heure qu'il est. L'eau, en ruisselant à la fonte des neiges, creuse dans la piste de véritables
fossés qui peuvent aller jusqu'à 50cm de profondeur. Et elle ne laisse pas de panneaux.
Apres avoir un peu roulé, nous nous posons pour deux nuits.

Là c'est bien? Ouais, ou bien par là, ca peut être pas mal aussi... Facile. Et
on est pas dérangés par les voisins (ah, si, par leurs chevaux...). Le seul danger réside dans les légères dépressions de terrain par lesquelles l'eau de fonte ou de pluie ruiselle...
Et pendant ces deux jours, nous avons assisté à un spectacle quasiment permanent de la nature... Orages impressionnants, tempêtes de grêle, couchers de soleil, levers de pleine lune,...
Pour couronner le tout, le dernier matin, je me lève avec le soleil et le bruit des chevaux qui galopent. Je sors de la tente. Choc : il avait plu le soir, et tout a gelé pendant la nuit.
Toute la steppe est donc blanche et brillante, couverte de gouttes gelées. La fumée du lac joue doucement avec les rayons jaunes du soleil, presques palpables. Inconscient des -2 degrés,
j'observe fasciné le spectacle des chevaux dans la lumière du soleil levant. Jusqu'à ce que le froid me tombe enfin dessus et que je me réfugie au soleil derriere les carreaux de la voiture en
attendant que Karl émerge...
Et c'est la redescente, l'enlevage progressif des couches empilées tout aussi progressivement pendant la montée, avant de se retrouver dans la chaleur de la vallée de Bishkek à rêver d'une bonne
bouteille d'eau fraîche...