Dimanche 29 juin 2008
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Les rencontres font le voyage, c'est certain.
Ambassade kazakhe. Il est huit heures du matin. Le consulat ouvre à neuf heures. Enfin, quand le consul arrive. Il y a déjà une petite dizaine de personnes devant nous, assises sur des bancs en
discutant. Nous demandons qui est le dernier, puis nous nous asseyons pour siroter un jus d'abricot dans le semblant de fraicheur matinale, en attendant que le consul daigne nous honorer de
sa trop illustre présence. D'autres personnes arrivent, demandent à leur tour qui est le dernier dans la file et attendent patiemment aux alentours. Vient un énorme 4x4 (au passage, il est
toujours temps de vendre le vôtre...) aménagé en camping-car, suivi d'un camion camping-car. L'équipage d'Allemands soixante-huitards sur le retour descend et vient se poser juste devant la porte
d'entrée, immédiatement suivis d'une troupe d'Indiens et de Pakistanais. Du coup, tout le monde vient se tasser devant la porte, et l'ordre élaboré soigneusement pendant une heure d'arrivées
progressives passe à la trappe. Vient un jeune kirghize qui comme cela se fait dans le pays, demande qui est le dernier. Silence. Personne n'est capable de dire puisque tout le monde est
sans-dessus-dessous. Il répète : "Qui est le dernier?", cette fois en kirghize, en russe, en anglais et en turc. Une voix timide vient de derrière et explique la situation. Et ce type s'attaque
immédiatement à mettre de l'ordre là où il avait disparu. Ce qui n'est pas une mince affaire : les Indiens et les Pakistanais refusent de bouger d'un poil. Léger différend culturel : il ne
comprennent absolument pas que l'on puisse faire la queue autrement qu'en se poussant les uns les autres pour rentrer, et que le meilleur gagne. D'ailleurs, il faut vraiment être stupide pour
faire la queue assis sur un banc à vingt mètres de la porte. Le formidable kirghize essaie d'expliquer qu'ici, il y a un ordre, que d'autres ont attendu ici depuis une heure, etc. Rien n'y fait. Il
essaie avec les Allemands, qui font semblant de ne pas comprendre l'anglais. Je dis au metteur d'ordre qu'ils comprennent très bien l'anglais, mais qu'ils n'ont pas l'intention de bouger. J'ai les
mains qui me démangent : on ne peut pas dire que ce soit un problème culturel pour des Allemands de faire la queue et de respecter un semblant d'ordre établi. Incroyable. Une Allemande aux cheveux
gris hirsutes et au maquillage forcé se retourne vers moi, plante ses yeux dans les miens et me demande avec un magnifique accent allemand qui vous rappelle inévitablement les pires scènes de
torture du troisième Reich : "Mais fous n'afez pas honte?" Interloqué, je bafouille : "Euh, non. Mais de quoi devrais-je avoir honte?" "Mais fous nous afez trahi!" "Pardon, j'ai peur de ne pas
comprendre le sens de ce que vous dites" "Fous nous afez trahi, fous afez dit à ce type impertinent que nous parlions anglais! Tout de même, entre européens..." "Alors
écoutez chère madame, d'abord je ne vous ai pas trahi, j'essaie d'aider ce jeune à faire justice pour que tout le monde soit à sa place et je ne vois pas pourquoi vous auriez droit à un traitement
de faveur sous prétexte que vous êtes européenne!" J'essaie de chercher un peu de calme tout au fond de moi mais l'impertinente qui traite les autres d'impertinents, ca m'a dépassé. Elle a continue
comme ça pendant un bon moment, à incendier ce personnage merveilleux qui petit à petit mettait la queue en ordre. Restait un Indien, et l'Allemande. Le flic de la sécurité vient voir ce qu'il se
passe et retourne discuter un peu plus loin. Le kirghize explique à l'Indien et à l'Allemande qu'il fera en sorte qu'ils ne rentrent pas avant leur tour. Parole tenue. Quand nous montions dans la
voiture, elle était toujours devant la porte à brailler "Lass mich los! Lass mich los!". Le jeune pendant ce temps-là, au lieu de faire la queue, aidait un petit groupe de Turcs à remplir les
papiers disponibles en russes uniquement. Génial.
Par Clément
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Publié dans : Kirghizistan
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